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SCULPTURE ET ECONOMIE CIRCULAIRE:

Dans une recherche de cohérence et un souci toujours présent de mon impact environnemental, je taille mes sculptures dans des blocs de marbre, granits et albâtres voués à la benne. Souvent ce sont d’anciennes pierres tombales, des pierres oubliées ou des blocs dits «de rebut». Cela demande bien sûr un savoir-faire très spécifique car ce sont des pierres qui ont souffert du temps, de chocs, des intempéries… mais c’est pour mois un choix tant étique que technique et esthétique. # REUSE-REDUCE-RECYCLE

Principales Expositions:
Bâle - Paris - Milan - Barcelone - Monaco - Rotterdam.

2026 - #Obsessions - vers une expérience immersive

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Pourquoi. Pourquoi cette intensité toujours dans ma vie. Pourquoi diable est-ce que je me torture autant. Quel est cet univers si particulier dans lequel je plonge quand je taille la pierre et duquel je ressors autre. Laissez-moi vous emmener dans mon monde, #Obsessions.
Car, quand je ne sculpte pas, quand je suis dans le reste de ma vie, quand j’enseigne aussi, je suis stressée, je suis même hyper stressée. Je suis une boule de nerfs, je suis toujours en tension. Toujours avec le cœur qui bat un peu trop vite, toujours un peu trop rapide, toujours dans l’action. J’ai toujours 2 ou 3, allez soyons honnêtes j’ai toujours 10 projets en même temps sur le feu.
J’ai une to-do list infinie, j’ai toujours un petit peu en retard. J’ai toujours les mots qui s’encoublent parce que trop vite et surtout parce que il faut…. Il faut…. Il manque. #Obsessions.

Mais, quand je taille la pierre, tout d’un coup, plus rien n’existe. Ma respiration ralentit. Mon geste ralentit. Ma parole, elle aussi, ralentit. Et je vous propose de m’accompagner dans ce voyage, de vous laisser guider par ma voix, de ne pas avoir peur du noir. Je sais, c’est un peu étrange mais, allez, venez avec moi !
Car moi qui suis toujours dans l’action, quand je suis avec la pierre, je rentre dans un autre monde. C’est un monde, où seuls existent la pierre, ma main et mon regard.
Le temps n’existe plus…. Dehors n’existe plus… Le monde, la société, tout ça, ça n’existe plus… Mon moi égotique , émotionnel, intellectuel, tout ça, ca n’existe plus. Il n’existe plus qu’une sorte de nouvelle entité qui est moi et elle et elle et moi. Et tout d’un coup nous ne faisons plus qu’un. #Obsessions..

Je suis une funambule, je suis toujours dans un équilibre très instable entre deux précipices. Mon œuvre en tant qu’artiste, mais je dirais presque mon œuvre de vie est d’arriver à trouver l’équilibre.
L’équilibre entre les choses trop compliquées que la vie nous apporte et les choses tellement belles qu’elles en paraissent impossible.
Et dans mon œuvre je traduis cela par le choix de mes pierres. Toutes mes pierres ont une histoire. Toutes mes pierres ont un passé. Il est indépendant de moi. Il est inconnu de moi. Je vais les chercher dans leur premier univers, dans des cimetières souvent ou au fond de carrières, là où on met les pierres de rebut, celles qui seront un jour réduites en poussière. Je les rencontre, elles sont grises, mousseuses, elles sont tristes souvent. Et de tout cela, mon objectif, je dirai même ma quête est d’arriver à révéler cette beauté infinie qui était au fond d’elles, cette beauté que personne n’avait vue, qu’elles même ne se connaissaient pas et d’arriver à faire que cette beauté ignorée tout d’un coup prenne corps. #Obsessions.

Arrachement. Henri, mon frère, tu n’es plus là aujourd’hui. Pourtant je te sens souvent auprès de moi. Souvent même c’est bizarre, je te sens même plus proche aujourd’hui que tu n’es pas là que d’autres fois où tu étais là. Mais comme de chaque chose terrible de ma vie je veux faire quelque chose de beau, quelque chose qui aie du sens, quelques fleurs bleues émaillent cette composition.
J’ai toujours eu l’impression que nous étions comme des sortes de nageurs de l’impossible. Nous tentons de nager dans un environnement, la société, qui n’est pas adapté à notre nage. Dans un environnement qui préfère la ressemblance à la différence, un environnement qui a tellement peur de cette différence qu’elle la stigmatise et qu’elle oublie que ces différences, qui font de chacun de nous des êtres précieux et particuliers sont souvent tellement petites, tellement minuscules tellement insignifiantes. Mais sans elles nous ne sommes que des robots.
Pourquoi aimer si ce n’est en acceptant et même en appréciant la différence. Quand j’y pense, un monde plein d’êtres me ressemblant serait invivable, épuisant, ennuyeux même. Et toute la complexité de la chose est d’arriver à nager dans cet environnement inadapté tout en faisant partie de lui, mais sans perdre ce quelque chose d’unique qui fait de chacun de nous un être particulier. #Obsessions.

Je suis de temps en temps multiple. Parce que le travail de la pierre est lent. Il est tellement lent que les sculpteurs ont la possibilité de tirer jusqu’à 12 exemplaires de leurs oeuvres . En céramique, en bronze, en résine. Moi quand je fais un tirage d’une de mes œuvres, je m’arrête à 4. Cela va me permettre de travailler chaque exemplaire de façon très différente, de jouer avec les courbes car chaque matière a sa propre façon de prendre la lumière. Retravailler ces courbes me permettra de donner une vraie unicité, une émotion particulière à chacune des pièces et donc d’en faire quand même une pièce unique.
L’original, l’albâtre aura sa translucidité, sa veinure, le grain de sa pierre si caractéristique, la douceur de son poli. Le bronze aura ce côté métal, ce côté tranchant, cette dureté, ces reflets, cette prise de lumière si particulière. Et la céramique, et bien la céramique me permettra des libertés. Tellement de libertés. C’est si tentant la liberté.
Blanche…. Noire…. Ou peut-être même Bleue… Pourquoi pas bleue… J’adore le bleu. J’adore le bleu quand je le choisis librement, je déteste le bleu quand on tente de me l’imposer. Et le bleu… allié au noir c’est si beau. #Obsessions.

Je suis présente, entière et authentique à l’intérieur de la pierre. Car le travail de la pierre est lent, il impose un rapport physique, une réelle précision et donc il impose une vraie présence à la sculpture. Pour travailler la pierre, chaque fibre de moi doit être ici, ici et maintenant. Ici et maintenant car elle est plus dure que moi. Ici et maintenant car elle est plus forte que moi, Ici et maintenant car elle est tellement plus éternelle que moi. Elle, elle est cristalline et moi je ne suis que chair et feu intérieur.
Même sur un marbre dur Il ne faut pas frapper fort car il répondra. Il brisera ou il vous brisera. Mais il me faut être sèche, sèche et surtout précise, Il me faut être souple pour ne pas écraser la veine, être attentive, pour la ressentir dans ma main à travers l’outil et puis surtout être à l’écoute pour entendre le moindre changement dans sa musique, car la pierre résonne, la pierre a une odeur, la pierre est vivante. Elle n’est pas juste une partie de l’œuvre. Sans elle, sans la pierre, l’œuvre, mon œuvre n’existe pas.
Et puis à chaque sculpture je suis entière et pourtant je suis autre. Car avec chacune je partirai dans une quête différente. Caminante, no hay camino, el camino se hace al andar. J’aime beaucoup ces vers de Machado. Ils disent : Toi qui marche, le chemin n’existe pas, le chemin c’est toi qui le traces en marchant.
Car pour moi la sculpture, ce n’est pas le but en lui-même. La sculpture est pour moi un outil d’appréhension du monde. A travers chaque œuvre je travaille sur quelque chose que je ne comprends pas bien. Ambivalence des relations entre deux êtres, va et vient entr’émotions, force de l’un contre force de l’autre, alternance d’énergie.
Penser aux moments où le féminin domine, dressé dans une émotion d’ouverture, pleine d’énergie, cœur ouvert se laissant deviner au travers de la veine. Et aux autres moments où le masculin l’emportera, dans une émotion peut-être plus tournée vers l’intérieur.
Et puis, n’oublions pas que je suis moi, et que sans un challenge je ne serai pas moi, alors pourquoi pas une sculpture mobile ? #Obsessions.

Je suis alchimiste. Oooh toi ma Belle Endormie… je cours les cimetières qui doivent être assainis pour trouver LA pierre. Choisir une pierre c’est comme tomber amoureux. Ca s’explique de façon très rationnelle, les bonnes dimensions, le bon type de pierre, en bon état et puis ca ne s’explique absolument pas.
C’est une rencontre. Et comme toute rencontre, il y aura des moments d’incompréhension, des moments de doute, de folie et puis des moments magiques quand tout s’allie.
Mais pour cela il faut être disposé à voir au dela. Au delà des apparences de cette pierre qui a déjà subi tant de temps, tant de gel, tant de coups, au delà de la technique aussi car il faut assumer qu’elle sera comme moi pleine de fragilités et de duretés aussi.
Mais l’alchimiste n’est-il pas celui ou celle qui voit au-delà, qui arrive à reconnaître la beauté là où les autres ne la voient pas. Et puis surtout celle qui saura la révéler cette beauté. Est-ce que ce n’est pas ça transformer le plomb en or ?
Et toi, ma belle endormie, tu m’as demandé de longs mois de travail, de longs mois à m’abimer les mains, à allier ta veinure à ma vision. Et aujourd’hui tu es là, complète pour la 1ère fois. Visible à l’autre pour la 1ère fois. #Obsessions.

Merci de m’avoir accompagnée dans mon monde. Maintenant il est temps de retrouver le monde des mortels, le monde des vivants. Il est temps de retrouver la lumière. #Obsessions. . .

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